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Assise de la Sagesse 2e édition 20 février 2022 par Frédéric La Combe (L.Lhundroup)

Dernière mise à jour : 29 mars




La Sagesse, quels bienfaits pour l'humanité

L’Unité dans la diversité : une éthique pour un nouveau mode de vie ?



Bref compte-rendu

(Pour en savoir plus visionner la vidéo)

Après une première session des Assises de la Sagesse, le 13 février, consacrée à la Sagesse dans sa dimension spirituelle, la session du 20 février a réuni 300 personnes autour de la Sagesse dans ses applications en termes d’éthique et de mode vie avec les contributions de :

Zarina Khan, philosophe, actrice et réalisatrice russe, tunisienne, pakistanaise et française, militante engagée pour les droits de l'homme et de l'enfant, qui anime la compagnie Zarina Khan et le centre culturel et itinérance théâtral de Mirabel en Ardèche ;

Jean-Pierre Chometon, ancien directeur de l’association Tchendukua, fondateur des éditions Aluna et de la revue Natives ;

Frédéric Bosqué, entrepreneur humaniste, cofondateur de la monnaie citoyenne de la ville de Toulouse, Initiateur du projet TERA, un écosystème pour XXIe siècle

et Mathieu Labonne, coordinateur du Centre Ama et directeur de la Coopérative Oasis.


La Sagesse est-elle présente et a-telle sa place, dans les initiatives citoyennes de la grande transition qui s’impose à nous aujourd’hui ? C’est autour de cette question que les intervenants, engagés de différentes façons dans cette dynamique, ont apporté leur contribution.

Pour commencer, un hommage a été rendu à Pierre Rabhi citant les mots d’Edgar Morin :

« Les pieds sur sa terre, le regard sur notre Terre, Pierre Rabhi pensait et agissait à la fois pour renouer le lien entre l’homme et la nature et pour réformer notre civilisation. Je partage le chagrin de tous ceux qu’il a éclairés ».

Pour introduire le sujet, disons que la Sagesse peut se résumer à ce qui, en chacun de nous, concours à la Connaissance de soi et à l’altruisme, l’intelligence et l’amour (Philo Sophia). Dans l’histoire de l’humanité, ce n’est que récemment avec la modernité, que la Sagesse fut aussi rarement considérée comme une référence, une orientation, une boussole…Ces Assises sont une contribution à la réhabilitation de la Sagesse dans nos préoccupations, nos priorités, nos pensées, nos actes et notre éducation à tous les âges de la vie.

Comme nous le rappelait Edgar Morin, il y a plusieurs Sagesses : extérieures et intérieures :

« Je crois qu'il y a des Sagesses

la Sagesse du brahmane ou du moine ou du laïque

qui se retire hors du monde

la Sagesse de celui qui accepte de vivre pleinement dans le monde

et dans ce cas une seule boussole toujours menacée : la dialogique raison/passion ».


Dans cette diversité y a aussi une unité qui réunit toutes les formes de Sagesse et sans laquelle ses différents visages perdraient leurs traits de Sagesse. Cette source commune se trouve dans notre corps, notre parole, notre cœur et notre esprit d’homo sapiens, et dans la Nature aussi car la Sagesse est une source naturelle qui précède les grands fleuves parfois dévastateurs des religions et les rivières des philosophies trop souvent vaines.

La Sagesse est occultée par notre époque mais elle est toujours présente dans la quête spirituelle et les valeurs humaines universelles qui sont atemporelles. Elle est présente spontanément chez les hommes et les femmes de bonne volonté, elle s’exprime dans les actions qui contribuent à l’éducation à la vie, à la solidarité et à la liberté. Les arts, et notamment le théâtre, sont un vecteur de Sagesse depuis l’antiquité et continue de l’être aujourd’hui, comme en témoigne Zarina Khan par son parcours de vie et son œuvre que l’on trouvera dans sa trilogie de livres intitulés « La Sagesse d’aimer ».

Aujourd’hui, dans notre monde globalisé, face à la crise écologique, une source importante de Sagesse nous vient des peuples racines. Pour les modernes, coupés de la nature et du savoir vivre avec elle, l’intelligence des peuples premiers est un héritage fondamental qui participe à la naissance d’un nouveau paradigme fondé sur une philosophie du vivant.

Ce nouveau paradigme, n’est peut-être que la réactualisation d’une Sagesse ancienne. « Le chemin vers l’avenir passe par un retour aux sources », comme nous disait Edgar Morin.


La Sagesse ne laisse rien en dehors d’elle. Le projet Tera, un écosystème pour le XXIe siècle, initié par Frédéric Bosqué dans le Lot-et-Garonne en témoigne. L’intelligence économique et entrepreneuriale mise au service d’une vision de Sagesse devient un puissant levier de transformation intérieure et sociale. Il est possible aujourd’hui de refonder une économie au service des humains et respectueuse de la nature, permettant à chaque citoyen de trouver le « chemin de son propre bonheur » comme le dit la devise de TERA qui s’inspire, notamment de Jean-Jacques Rousseau dans l’idéal de son contrat social :


« Trouver une forme d'association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s'unissant à tous n'obéisse pourtant qu'à lui-même et reste aussi libre qu'auparavant. Tel est le problème fondamental dont le contrat social donne la solution. […] ».


Enfin nous avons pu apprécier combien la Sagesse est un remède efficace aux antagonismes et oppositions binaires qui minent notre mentalité d’aujourd’hui. Notre mentalité est gangrénée par un mode de connaissance qui disjoint et oppose alors que la Sagesse rejoint et harmonise. La Sagesse, en faisant comme la nature, se nourrit des polarités et les transforme en créativité.

Edgar Morin lors de l’anniversaire de ses 100 ans, en juillet dernier, confiait parmi ses ultimes souhaits cette aspiration à surmonter les antagonismes stériles : que viennent l’avènement du paradigme prescrivant distinction et conjonction, au lieu du paradigme dominant imposant disjonction et réduction. Seul ce mode de "connaître" et de penser permettrait d'affronter les complexités de notre monde en interaction et transformation, multiples et incessantes ».

Alors que l’esprit actuel a tendance à uniformiser et à séparer au lieu d’unifier et de diversifier, la spiritualité et l’écologie peuvent se rejoindre dans une complémentarité féconde qui illustre bien la dialogique de l’unité dans la diversité qui est un des axiomes de la Sagesse universelle. Mathieu Labonne nous dit que d’une certaine façon, la spiritualité répond à la quête de l’unité et l’écologie à celle de la diversité. Il cite notamment le travail de Ken Wilber, « La carte des polarités » et « La spirale dynamique » comme ressource pour dépasser les carences mentales de la pensée binaire. Le concept développé par Edouard Glissant, le paradigme de la pensée archipélique (diversité) versus continentale (uniformisation) est aussi une inspiration pour préserver à la fois l’unité et la diversité dans les organisations.

Les Oasis sont, d’une certaine façon, des archipels dans l’océan de la Transitions. Ce sont des laboratoires où la diversité dans les collectifs amène, comme de surcroit, la prise de conscience de l’unité des valeurs et des aspirations, et la nécessité d’un travail sur soi qui peut conduire vers plus d’intériorité. Car en effet, il est quasiment impossible de vivre une aventure collective sans dépasser, un tant soit peu, l’identification à soi, à l’égo et ses passions au profit du commun et du bien vivre ensemble.


4 mars 2022


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