• Dominika

Hommage à Pierre Rabhi.

Dernière mise à jour : 9 févr.

Emerveillé et émerveillant protecteur de la terre

« …Il marche dans la plaine immense,

Va, vient, lance la graine au loin,

Rouvre sa main, et recommence,

Et je médite, obscur témoin,


Pendant que, déployant ses voiles,

L'ombre, où se mêle une rumeur,

Semble élargir jusqu'aux étoiles

Le geste auguste du semeur »

Saison des semailles. Le soir. Victor Hugo


« Les pieds sur sa terre, le regard sur notre Terre,

Pierre Rabhi pensait et agissait

À la fois pour renouer le lien

Entre l'homme et la nature

Et pour réformer notre civilisation.

Je partage le chagrin de tous ceux qu'il a éclairés ».

Edgar Morin


« Nous rendons hommage à Pierre Rabhi,

Ami, frère de conscience dans l’insurrection des consciences,

Inspirateur et exemple

Pour la sobriété heureuse et la simplicité

Dans la décroissance extérieure

Et la croissance de l’intériorité

Source de satisfaction et de plénitude.

Nous partageons pleinement la vision écologique et humaniste de Pierre

Selon l’adage qu’il incarna si magistralement :

« Changer soi-même pour changer le monde ».

Denys Rinpoché

Sur les traces de Pierre


Une brèche dans la modernité

Ami, frère, complice, inspirateur, Pierre a été un proche de la Communauté Rimay dans le cœur et dans l’esprit. Il avait accepté d’être parrain de l’écosite-Oasis d’Avalon pour encourager son développement écologique. Compagnons de route, nous partageons la vision de son écologie profonde à la fois naturelle, humaniste et spirituelle au sens d’un état d’esprit, d’une sagesse et d’une philosophie du vivant.

Emerveillé et émerveillant poète de la nature, Pierre Rabhi a ouvert une brèche lumineuse dans les hauts murs de la modernité triomphante. Sans dogmatisme idéologique, le frêle et robuste enfant du désert a su dire non à la mécanique des temps modernes. Il a tracé une voie vers un nouveau paradigme et donné à cette ouverture une réalité sociale à travers maintes initiatives concrètes, notamment : les Colibris, la Coopérative oasis, Terre et humanisme, Les Amanins…Autant d’activités qui sont des phares de la transition écologique.


Vers une philosophie du vivant

Depuis l’expérience pionnière qu’il a menée avec sa famille en Ardèche en commençant par être ouvrier agricole, et en faisant fleurir une terre des plus aride pour assurer son autonomie, Pierre a ensemencé de vastes territoires dans le domaine de l’agriculture biologique mais aussi dans le domaine de la vie sociale et des idées. Il a apporté son expertise agroécologique aux quatre coins du mondes. Il a fait de son savoir-faire et savoir-être avec la terre, une philosophie de vie, l’ébauche d’une philosophie du vivant, l’embryon d’une société et d’une économie réconciliées avec la nature, donnant la primauté aux valeurs humaines essentielles.

« Il ne s’agit pas forcément de devenir agriculteur, simplement de revenir à une vie ayant plus de sens, une vie plus proche de la nature et contribuant à l’accomplissement de soi[1] ».


L’insurrection des consciences

Aventurier au service de la reconquête d’une dignité qui prend en compte la personne dans sa globalité, il a su, à partir de son itinéraire personnel, tisser une bannière de lucidité, de fraternité et de liberté. Son verbe poétique et son œuvre polymorphe, nous ont donné un horizon, des raisons, du courage et des méthodes pour réenchanter le monde très concrètement.

« L’insurrection des consciences » pour une éducation, une société et un mode de vie réaliste qui l’a appelé la « sobriété heureuse » sont des slogans fertiles et nécessaires qui éclairent et vitalisent le paysage de notre époque. A l’heure des effondrements annoncés, les rêveurs ne sont pas ceux que l’on croit. La catastrophe écologique désignée récemment par l’ONU comme « menace existentielle », nous montre que Pierre était plus réaliste qu’utopiste.

« Ce monde-là̀ est déjà̀ engagé dans sa finitude. Alors faisons notre deuil de toutes ces choses pour libérer notre esprit et pouvoir inventer un monde différent (…). Je ne considère pas la sobriété́ heureuse comme un renoncement (…) Je l’entends, au contraire, comme une libération ».


Spirituel peut être ?

Pas religieux, « spirituel peut être », comme il disait, dubitatif, lorsqu‘on lui posait des questions de cet ordre.

Contemplatif devant le mystère de la vie et les beautés de la nature, émule de Gandhi, sympathisant de Krishnamurti, son ouverture à la spiritualité était sans parti pris ou simplement naturelle. Ami de tous dans ce domaine - chrétiens, musulmans, peuples premiers ou autres - l’étiquette semblait avoir peu d’importance à ses yeux. Il fut notamment le conseiller agricole des sœurs de Solan et de la communauté orthodoxe de Roumanie.


Parrain de l’éco-site d’Avallon

Il reste, au côté d’Edgar Morin, le parrain de l’Oasis d’Avallon, Rimay Ling (Karma Ling), le siège de la Buddha University et de la Communauté Rimay en France, dirigé par Denys rinpoché, situé dans une sauvage vallée forestière de Savoie. Nouant une amitié complice avec Denys Rinpoché qui enseigne l’humanisme naturel du Bouddha et sa méditation, il disait « Oui, je trouve aussi. Aujourd’hui, il faut méditer ».

Pierre et son épouse Michelle nous ont reçus, Lama Mingyur et moi, pour une nuit dans sa maison, à l’occasion d’une rencontre initiée par sa fille Sophie autour de la « spiritualité et la nature » au Hameau des Buis. Et surtout, il nous a fait le grand honneur et la grande joie de sa visite à de nombreuses reprises pour participer à des rencontres et forums transdisciplinaires. Par exemple en 2004 lors du forum Ecologie et spiritualité, au côté de grandes figures de l’écologie comme d’Edward Goldsmith, Jean- Marie Pelt, David Abram, etc. Puis en 2011 pour la rencontre « économie et spiritualité » et, dernièrement en 2015, à l’occasion du colloque international « Humanisme et Mindfulness une éducation pour le XXI siècle » pour laquelle il nous a envoyé le verbatim suivant :


« L’Education est aujourd’hui centrale, essentielle. Il parait difficile de changer de logique de société sans changer l’éducation (…). Le rapport à la nature est nécessaire car il permet à l’enfant de comprendre la réalité vivante à laquelle il doit sa vie et sa propre survie.

Nous souhaitons donc une éducation qui révèle l’enfant à lui-même tout en lui révélant les richesses, l’énergie et la beauté qu’offre le monde à son alliance vitale et non à son avidité insatiable et destructrice. Une éducation qui abolisse le “chacun pour soi” pour exalter la puissance de la solidarité.[2]».


Son œuvre est une contribution vivante à l’édifice de cette éducation du cœur dont il fut l’un des hérauts. Sa fille Sophie a mis en œuvre cette éducation à la Ferme des enfants. Bien d’autres y contribuent, fidèle à son inspiration.

De notre côté, nous avons eu encore très récemment la joie de recevoir en Avallon la réunion annuelle des Oasis organisée par la coopérative Oasis dont l’activité est une expression exaltante de la continuité et de la fécondité du message qu’il a transmis. Ceux qui sont motivés sont bienvenues pour participer au renouveau de l’oasis d’Avallon !


Mage, enchanteur et cultivateur éclairé, cher Pierre, que mille hommages te soient rendus. La magie que tu admirais tant et qui fait, à partir d’une petite graine, germer un grand arbre, habite le grain que tu as semé.

La nature, qui l’aime, prendra soin de cette semence d’avenir :

« A quoi décidons-nous d’employer notre énergie et notre temps ? A quoi décidons nous de participer :

À la maladie ou à la guérison du monde ? J’ai appelé à une insurrection des consciences. Nous ne nous en sortirons pas sans une révolution des mentalités, une révision profonde de nos manières de voir, de penser et d’être [3]».



Frédéric L. Lhündroup

[1] Ibid [2] Pierre Rabhi, in « Humanisme et mindfulness, une éducation pour le XXIe siècle », Dervy, 2020 [3] Pierre Rabhi, in : Une vison spirituelle de la crise économique, Le Souffle d’or, Acte du colloque organisé à l’Institut Karma Ling en 2011.


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